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> La télé-réalité culinaire a-t-elle sauvé les écoles de cuisine ?

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Des élèves de la première année du Bachelor Restaurateur autour de Laurent Trontin, chef de travaux à l’école Grégoire-Ferrandi.

La télé-réalité culinaire a-t-elle sauvé les écoles de cuisine ?

Top Chef, Master Chef, Un Diner Presque Parfait... Depuis l’apparition des concours télévisés culinaires il y a deux ans, les demandes d’inscriptions en formation cuisine ont repris du poil de la bête. Le lien de cause à effet semble évident. Mais qu’en est-il vraiment ? HR-Infos a mené une longue enquête dans trois établissements parisiens et interrogé, proviseur, chef de travaux, inspecteur général et élèves.

Neuf parcours exemplaires de jeunes (et moins jeunes !) “reconvertis” : écoutez les !

  •  Lara, 40 ans, directrice d'une agence de traduction, en reconversion en CAP Cuisine
    Lara, 40 ans, directrice d’une agence de traduction, en reconversion en CAP Cuisine

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    « Je n’aurais pas fait cette démarche à 15 ans ou à 18 ans. Il était temps pour moi d’associer le plaisir au travail. Et c’est parfait. Je ne me suis pas trompée. »

  • Jordi, 30 ans, ingénieur à France Télécom, en reconversion en CAP Cuisine
    Jordi, 30 ans, ingénieur à France Télécom, en reconversion en CAP Cuisine

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    « Je ne m’épanouissais pas du tout dans mon travail, je n’en pouvais plus d’être derrière un écran d’ordinateur toute la journée et de ne pas avoir de contact physique avec les gens. Je voulais faire quelque chose de mieux de ma vie. C’est comme démarrer une nouvelle vie. »

  • Anne-Lise, 18 ans, Bac Littéraire, en 1ère année de Bachelor Restaurateur
    Anne-Lise, 18 ans, Bac Littéraire, en 1ère année de Bachelor Restaurateur

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    « J’avais un peu peur de la réaction de ma famille, où l’on fait de longues études. A mon grand étonnement, ils ont accueilli cette idée avec beaucoup de joie. Je pense qu’on ne voit plus ce métier comme une voie de garage. Aujourd’hui c’est un vrai choix. »

  • Mylo, 18 ans, Bac STI Art Appliqué Designer, en 1ère année de Bachelor Restaurateur
    Mylo, 18 ans, Bac STI Art Appliqué Designer, en 1ère année de Bachelor Restaurateur

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    « J’ai réfléchi à quel métier pourrait me plaire avec mon tempérament hyperactif. J’aime bien quand ça déménage. Ce que je sais c’est que j’ai envie de me faire plaisir dans mon boulot. Travailler dans des structures qui ont des moyens, le marché du luxe et du très haut de gamme. Parce que faire des frites dans une friteuse, ça ne m’amuse pas. »

  • Laurent, 36 ans, chimiste dans l'industrie pharmaceutique, en reconversion en CAP Cuisine
    Laurent, 36 ans, chimiste dans l’industrie pharmaceutique, en reconversion en CAP Cuisine

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    « J’ai eu envie de changer de voie, de trouver quelque chose de plus actif, de travailler au jour le jour et pas sur des projets de développement de médicaments qui durent des années. J’ai pris 2 ans pour réfléchir, car l’envie de faire de la cuisine c’est une chose, mais se caler à se rythme... je n’ai envoyé ma candidature que quand j’ai été prêt à assumer ce genre de chose. »

  • Victoria, 18 ans, Bac Technologique Hôtellerie, en 1ère année de Bachelor Restaurateur
    Victoria, 18 ans, Bac Technologique Hôtellerie, en 1ère année de Bachelor Restaurateur

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    « J’ai passé le bac hôtellerie. Oui, je suis la seule, de ma classe en tout cas. Ils m’ont proposé de passer directement en 2ème année sur concours mais j’ai préféré refuser car même en ayant les bases, je les avais vraiment survolées. En 1ère année de Bachelor, ils nous apprennent tout en très peu de temps. »

  • Guillaume, 22 ans, BTS en logistique et transport, en 1ère année de Bachelor Restaurateur
    Guillaume, 22 ans, BTS en logistique et transport, en 1ère année de Bachelor Restaurateur

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    « C’est lors d’une conversation avec mon père que je me suis dit qu’il fallait enfin ouvrir ma bouche et m’affirmer. J’ai tout arrêté et je me suis inscrit dans cette école. Je ne me suis jamais autant épanoui. Je n’en attendais pas autant. »

  •  Shanaz, 29 ans, dans le secteur du Livre, en reconversion en CAP Cuisine
    Shanaz, 29 ans, dans le secteur du Livre, en reconversion en CAP Cuisine

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    « En fait, c’est l’envie de suivre une opportunité, de se dire qu’on a pas deux fois la chance de pouvoir changer de vie. J’ai sauté sur l’occasion. »

  • Ivan, en thèse en science cognitive, en CAP Cuisine
    Ivan, en thèse en science cognitive, en CAP Cuisine

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    « Ce qui m’intéresse, c’est d’avoir des expériences dans différents domaines, pour voir comment encourager les personnes en chimiothérapie à manger. Après la cuisine, je chercherai certainement à m’inventer quelque chose d’autre. »

Ce que révèlent les statistiques de l’Education nationale

Une progression sensible du nombre d’inscrits depuis la rentrée 2007-2008 dans la plupart des filières hébergement et/ou restauration.

- en CAP cuisine, les effectifs (4 498 à la rentrée 2010-2011) ont progressé de 47,2 % en 4 ans : la hausse était déjà sensible en 2008 (+ 5,1 %) et 2009 (+ 20,4 %)

- en CAP restaurant, la hausse atteint 58,3 % (1 646 élèves à la rentrée 2007, 2 606 à la rentrée 2010)

- avec sa montée en puissance le bac Pro connaît un véritable engouement, sans pour autant vampiriser les autres formations : 7 992 inscrits en 2007, 23 579 en 2010, 3 fois plus !

- quant aux BTS, leur croissance est désormais moins forte mais reste positive. Les deux BTS d’ hébergement, qui n’accueillaient encore que 340 élèves en 2007 (à comparer aux 6 600 inscrits dans les cursus Hôtellerie Restauration), ont vu toutefois leur effectif pratiquement doubler en 3 années.

Bilan : les élèves n’ont pas attendu Top Master et Cie pour être toujours plus nombreux dans les lycées hôteliers. De là à considérer que ces émissions n’ont aucune influence sur eux...

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Les statistiques officielles d’inscrits, entre 2007-2008 et 2010-2011 (source : ministère Educnat)

Les trois émissions TV de concours cuisine qui font le plus d’audience

Master Chef

  • concours de cuisine télévisé amateur, diffusé sur TF1 depuis l’été 2010. Slogan : « La meilleure recette pour changer de vie »
    • Gain : 100 000 € / Édition du livre de ses propres recettes / 6 mois de formation dans une grande école de cuisine (Lenôtre)
    • Le jury est composé de Grands Chefs : Frédéric Anton et Yves Camdeborde
    • 24 % de part d’audience en moyenne sur la saison 2.

Top Chef

  • concours de cuisine télévisé amateur, émission franco-belge, diffusée sur M6 depuis février 2010
    • Jury : Ghislaine Arabian, Christian Constant, Jean-François Piège, Thierry Marx, Cyril Lignac
    • Gain : 100 000 euros
    • 18 % de part d’audience en moyenne sur la saison 2

Un Diner Presque Parfait

  • émission française, diffusée sur M6 depuis 2008, où cinq candidats habitant la même ville doivent, à tour de rôle, inviter à dîner les quatre autres.
    • Gain 1000 euros
    • 20 % de part d’audience en moyenne sur la saison 2


Enquête : Mélanie Antoine

Reportage photo : Vincent Gremillet


Ce n’est que notre avis (mais on le partage !)

Le regard d’un philosophe, Robert Redeker, sur ces cuisines surmédiatisées

Un regard critique et aiguisé, auquel nous souscrivons largement, sur l’instrumentalisation mercantile de la cuisine, abaissée à un spectacle pseudo sportif, pseudo convivial et télé-irréelisé.

Son texte publié le 12 septembre 2011 sur le site du journal Le Monde

Extraits

« La télévision harponne l’art culinaire avec deux schèmes éprouvés : celui de la télé-réalité et celui du sport. »

« Dans “Master Chef” - tout comme dans “Un dîner presque parfait” sur M6 - TF1 ne valorise pas la cuisine mais la compétition. En réalité, en transformant la cuisine en avatar du spectacle sportif il la détruit. Ainsi, à l’instar des émissions de télé-réalité, "Master Chef" célèbre le culte de la compétition, de la loi du plus fort, introduit violemment l’activité culinaire dans l’univers de la maxime barbare, "l’homme est un loup pour l’homme".  »

« En instaurant la compétition (...), la télévision trahit la cuisine dont l’essence réside dans le don, cette grâce, cette gratuité qui soude la convivialité. »

« La montée en puissance de la cuisine, et sa létale exploitation médiatique, relèvent de la pathologie sociale. Le rôle qui lui échoit - jouer le fantôme du sens - le prouve. Les vrais amateurs de la table et de ses plaisirs voient d’un mauvais oeil cette promotion. Ils savent en effet que la vraie cuisine est sans enjeu, qu’elle n’est ni un spectacle, ni une complétion, ni surtout le dernier réduit du sens et de la culture nationale. C’est parce que la vraie cuisine est vide de ces parasites - les enjeux - qu’accède à la vérité l’adage du vieil Héraclite : "Les dieux sont aussi dans la cuisine. »