LE BLOG DE LA RÉDACTION
mai
19

La faim justifie les moyens

Au sommet de l’échelle des scandales qui accusent notre « village mondial », celui de la pauvreté absolue et ses conséquences, la famine et la sous-nutrition.  800 millions d’êtres humains en souffrent.  Des dizaines de milliers en meurent  tous les jours. Pourquoi ? A cause de quoi, de qui ? La flambée dramatique des prix alimentaires impose de comprendre les raisons profondes de la faim, afin de mieux définir les moyens, forcément massifs, de l’éradiquer.

L’appétit des médias pour les révoltes des affamés du Sud est retombé. Une crise chasse l’autre. Aujourd’hui, les cataclysmes en Birmanie et en Chine. Mais les ventres vides se réinviteront tôt ou tard à nos repas. La faim semble en tout cas une préoccupation constante des institutions internationales (ONU et Banque mondiale en tête) et des organisations humanitaires. Elle doit redevenir aussi celle des Etats et des citoyens.

La spéculation fait son marché !

Tout semble avoir été écrit sur les causes de la flambée des prix alimentaires. La hausse de la demande mondiale de produits. Les tensions sur l’offre de denrées provoquées par les aléas climatiques et le manque de surfaces cultivées. Sans négliger la baisse du dollar. Et “last but nos least”, fruit mortel du capitalisme financier, la spéculation qui sévit aussi sur les marchés mondiaux de matières premières. A commencer par les céréales, devenus des « valeurs refuges » pour les banques et les fonds d’investissement.

Une analyse libérale…

Ne croyez pas que ce petit couplet « anti spéculation » provienne (seulement !) du journaliste redresseur de tort et gauchisant qui sommeille en moi. Il a été prononcé et argumenté par d’éminents économistes libéraux, en particulier Paul Fabra, chroniqueur au quotidien « Les Echos » (lire « Matières premières et inflation mondiale », in Les Echos, vendredi 12 avril 2008)

Quelle est donc, dans cette recrudescence de l’inflation, la part constitutive de la spéculation, mondiale et souvent locale ? Joue-t-elle au moins autant ou plus (comme le pense Paul Fabra) que la  seule « rareté » ? Question intéressante, dont je ne connais pas la réponse ! En voici une autre, également polémique : les politiques agricoles nationales n’ont-elles pas non plus pêché par un manque d’anticipation ? Ont-elles sérieusement pris en compte les 9,2 milliards de bouches humaines qu’il faudra nourrir vers 2050 ? 41 % de plus qu’aujourd’hui !
 

Un diagnostic à partager

Sur quoi se fondent les meilleurs politiques modernes ? Sur des diagnostics partagés, une comparaison des meilleures pratiques, l’expérimentation… Et une bonne dose de courage ! Mais sans consensus international, aucune action d’envergure contre le réchauffement climatique n’aurait pu être engagé. Malgré la tiédeur des Etats-Unis, soucieux avant tout de conserver leur leadership économique. En matière d’alimentation, il en sera de même. A une nuance près imposée par l’urgence de la situation. Pour agir, nous ne pouvons pas attendre un accord international sur les origines et la thérapie du mal.

Une « nouvelle donne » pour l’alimentation mondiale

Robert B. Zoellick, président de la Banque mondiale, a clairement indiqué quelle était la priorité immédiate dans une tribune publiée par « Le Monde » (11 mai -12 mai 2008). Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies a besoin, tout de suite, d’au moins 488 millions d’euros en denrées alimentaires supplémentaires.

Pour redessiner le futur, Robert Zoellick défend le projet d’une « nouvelle donne » (« new deal ») pour l’alimentation mondiale. Elle repose, l’idée n’est pas si nouvelle, sur des politiques publiques et privées de développement de la production et de la commercialisation agricole, en particulier en Afrique. Et sur une augmentation massive des  moyens financiers pour soutenir les actions locales et régionales.

Le rôle clef des repas scolaires

75 % des populations pauvres vivent en milieu rural, rappelle le président de la Banque mondiale. C’est donc en favorisant l’essor de l’agriculture que l’on fera reculer la pauvreté. Robert Zoellick souligne au passage l’importance des programmes de  repas scolaires, « ils permettent d’attirer les enfants dans les écoles et d’instruire des enfants en bonne santé ».
 

Et la France, dans tout ça ?

A l’occasion de la future présidence française de l’Union européenne, à partir du 1er juillet, faisons le vœu que la France fasse de la nouvelle politique agricole commune un projet majeur pour l’Europe. Et pour la planète toute entière. Le dossier de l’agriculture est toutefois ultra sensible à l’heure des ultimes négociations du cycle de Doha dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, sur les subventions et les droits de douane agricoles.

Comment, dans les échanges mondiaux, ne plus pénaliser le développement de l’agriculture des pays émergents sans pour autant mettre en péril l’agriculture et les agriculteurs des pays avancés ? Redoutable question ! Mais seule une réponse « équitable » contribuera, là aussi, à faire reculer la faim chez nos frères humains.

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Une Réponse à “La faim justifie les moyens”

  1. Rédigé par : Léchevin

    Bien vu et bien dit JFV. Cependant, souvenez vous… après le 11 septembre, même Mitterand avait dit “rien ne sera plus comme avant”…. Avec le coup de trafalgar qui vient d’arriver dans notre petit monde douillet et irresponsable, quelques un comme vous et moi se sont mis à esperer que cette fois c’était le bon coup: rien ne serait plus comme avant. Oui oui ça y est!! on est nombreux à pousser et cette économie de la collaboration on va bien la mettre à la place de cette foutue economie de la compétition. Et au passage on va y mettre une bonne dose de développement durable. Hélas, ce midi j’ai vu le trader Fiorentino..il ne connait pas la crise. Il continue comme si de rien n’était, hilare et continuant sa bonhomme spéculation, il déclare ” … tout le monde fait semblant d’ignorer que dans 2,3 ou 4 ans tout sera oublié et reparti comme avant.” Moi ça me fait peur JFV. Moi ça me fait peur quand pour tout changer on décide de faire une relance, pour relancer les mêmes acteurs du même systeme… Lancer (plutot que relancer puisqu’elle n’ont jamais démarré) les economies des pays du Sud, qui en parle? alors que bien aidés les pays pauvres pourraient se joindre à nous les riches pour faire un monde plus équilibré dans lequel il serait enfin possible de collaborer. Mettre au pas les paradis fiscaux, qui fait quoi de concret? Foncer resolument et tete baissée dans un vaste et immense programme de développement des energies nouvelles, superieur encore au programme de nos centrales nucleaires des années 70(on les aime pas mais heureusement qu’on les a!)Qui le propose ? alors qu’il y a là un gisement d’emploi, de développement durable et de progrès scientifique gigantesque.
    Un autre signe qui ne trompe pas: on va peut etre accorder la fameuse TVA à 5.5 aux restaurateurs. ça va couter 1,5 milliards d’euros à la collectivité qui n’a pas besoin de ça, ça va pas creer un seul emploi, (juste écouler les stocks de 4X4) ne pas faire venir un client de plus dans les restau…et même pas augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs des HCR…
    J’ai peur JFV! Et la peur est mauvaise conseillère.
    Le Communisme et le capitalisme avaient chacun le même but: liberer l’homme des contraintes d’une vie pénible. Les deux ont échoué. Lamentablement avec de part et d’autres des millions de victimes ou d’abandonnés sur la route des lendemain radieux et prospères. Et que fait on? nous continuons d’opposer l’un à l’autre en nous jetant à la face les échecs respectifs comme autant de raison de continuer dans des voies pourries au lieu de consacrer notre génie et l’immense occasion qui nous est donnée à contruire autre chose. Eternelle peur du changement. On voudrait que ça change… surtout pour les autres, pourvu que ça reste pareil pour nous.
    Utopie d’adolescent attardé? L’utopie n’est pas quelque chose d’irréalisable mais quelque chose d’irréalisé.
    A bientot.

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